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Janvier 2013 : focus sur la « communauté asexuelle » et sa visibilité

AVA s’intéresse à la diversité des points de vue et des expériences, à toutes les façons de vivre l’asexualité. Pour donner de la visibilité à cette diversité, nous publions régulièrement des témoignages de personnes qui nous parlent le leur asexualité avec leurs propres mots.
Aujourd’hui Hervé, Tyane, Olivier et Lilly nous parlent de leur rapport et leur identification à la « communauté asexuelle » et pourquoi ils encouragent la visibilité de l’asexualité.

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« Tu parles de communauté asexuelle. Penses-tu qu’elle soit nécessaire ?
Oui pour accueillir les âmes égarées au moins. Souvent les gens viennent, lisent et vont à la pêche aux informations. Certains participent, d’autres pas et puis quand ils ont ce qu’ils veulent ils s’en vont vivre leur vie. On est tous de passage dans cette communauté mais certains restent plus longtemps que d’autres. AVEN (et maintenant AVA) sert aussi à améliorer la visibilité, ce qui est très important.

Penses-tu qu’il soit nécessaire de parler de l’asexualité dans les médias ?
Oui car c’est très peu connu. Quand vous dites à quelqu’un : je suis asexuel, la première chose qu’il vous dit en principe c’est « qu’est-ce-que c’est que ça ? ». Ce n’est déjà pas évident de faire son coming-out alors quand en plus il faut tout expliquer ça corse carrément les choses. Et puis il y a plein d’asexules qui ne savent pas qu’ils sont asexuels et qui sont persuadés d’avoir un problème ou un blocage psychologique. Ils pensent qu’ils sont les seuls dans cette situation. Alors parler de l’asexualité au public permet de leur dire que quelque part d’autres personnes peuvent les aider à y voir plus clair. »
Lilly

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« Je soutiendrais autant que possible la visibilité de l’asexualité. Car pour la personne sans problèmes que j’étais avant de me découvrir asexuel, cela a changé très positivement ma vie (essentiellement ma manière de voir les choses, puisqu’essentiellement, je vis comme avant). Mais quand je pense à celles et ceux qui vivent mal cette situation, qui se pensent malades, qui sont persécutés, j’ai envie qu’elles sachent ce qu’il en est vraiment. Et surtout qu’elles puissent s’affirmer en tant que personne asexuelles, qu’elles ne pas soient l’objet d’incompréhension ou de railleries. C’est ce qui a motivé ma grande vague de coming out, contribuer à faire connaître l’asexualité, voire débusquer on ne sait jamais d’éventuels asexuels dans mon entourage, mais ce n’est pas si simple que cela. Il faut pouvoir amener le sujet, ou sauter sur une occasion. La pertinence d’un coming out peut être remise en question en présence de connaissances lointaines. À moins d’employer les grands moyens comme parler d’une prochaine présentation publique ou d’un chapitre du livre que l’on écrit, mais cela n’est pas donné à tout le monde.
J’ai assisté à ma première rencontre «IRL» du forum AVEN quelques semaines après mon inscription, et cette première rencontre a dépassé de loin toutes mes espérances. Je m’y suis fait de très bons amis, que je vois très souvent, toujours avec autant de plaisir. Du coup, on se voit bien plus en tant que bons amis que pour discuter d’asexualité, mais ces discussions restent possibles, notamment pour organiser des événements autour de la visibilité asexuelle (participation à la pride, présentations publiques…). »
Hervé.

« Certes, les identités servent souvent à exclure ou réduisent la complexité d’une personne, faite d’appartenances multiples, de désirs inconscients et d’une subjectivité changeante. Néanmoins, refuser de manière absolue de s’identifier à un concept, à une idée, à une association ou à des pratiques quels qu’ils soient, s’écarter de toute affiliation par crainte du dogme ou de la secte n’empêchera pas la société de vivre avec et par des concepts, des idées, des groupes et des pratiques. Autrement dit, si nous ne nous déterminons pas par rapport aux autres, les normes nous jugeront à notre place. Autrement dit, les catégories que nous forgeons, et que rien n’empêche d’être discutées et nuancées, nous libèrent de celles qui préexistent et ne nous correspondent pas. Bien sûr, notre vécu, notre vie restera toujours plus complexe que nos mots. Mais cela signifie qu’il faut complexifier notre langage, notre vision de nous-mêmes et du monde, et non nous abandonner au silence. Sinon, les lieux communs parlent pour nous. Et non, toute identité n’implique pas repli identitaire, toute communauté ne risque pas de dériver vers le communautarisme, dans la mesure où se maintiennent le respect sincère de l’autre. Le militantisme pour la reconnaissance de l’asexualité, comme celui pour les droits des homosexuels ou des femmes, affirme bien une identité, mais pour davantage de tolérance et de liberté, non l’inverse. »
Tyane
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« Je pense qu’il est important de faire progresser la visibilité asexuelle. Principalement pour aider tous les asexuels qui s’ignorent et qui se posent des questions, mais aussi pour faire progresser les consciences.
Je rencontre régulièrement d’autres asexuels, certains sont même devenus des amis. C’est très reposant de pouvoir discuter avec des personnes qui ont le même ressenti que moi, qui se posent les questions. Entre asexuels on se comprend intuitivement et ça c’est vraiment extraordinaire.

De mon côté je vais aussi dans des associations LGBT et je parle librement d’asexualité. Les gens sont curieux, parfois étonnés, mais toujours respectueux, je n’ai jamais eu de mauvaises réactions en parlant d’asexualité. »
Olivier
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Si vous aussi avez envie de donner votre perspective sur l’asexualité, de raconter votre propre histoire avec vos propres mots, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse : paroles.asexualite[at]gmail.com