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Février 2013 : Focus sur comment est vécue l’asexualité

AVA s’intéresse à la diversité des points de vue et des expériences, à toutes les façons de vivre l’asexualité. Pour donner de la visibilité à cette diversité, nous publions régulièrement des témoignages de personnes qui nous parlent le leur asexualité avec leurs propres mots.
Aujourd’hui Julien, Laura, Hervé, Isilua, Pepapig, Oriane et Sophie nous racontent comment ils vivent leur asexualité au quotidien.

Je vis très bien mon asexualité. Il est fort possible qu’elle explique que je n’ai jamais eu de relations sentimentales, puisque je n’imaginais pas qu’il était possible de vivre en couple sans sexe. Et il n’était pas question que je fasse des concessions sur ce sujet. Mais je le regrette pas, cela m’a permis une certaine insouciance (au sens premier du terme : zéro préoccupation), et donc un bilan neutre, voire positif (qui dit absence de mis en relation, dit absence de rupture !).
Dans mon entourage, celles et ceux qui me savent asexuels le comprennent très bien. C’est tellement moi…Par contre, la société me renvoi en permanence des images de mon «anormalité». Certes, je peux aspirer à des désirs de vie simples, emprunts de liberté (se contenter d’un vélo et de sa remorque pour faire les courses par exemple) (quoique des familles vivent très bien du tout vélo, y compris pour déposer/aller chercher leurs enfants à l’école !). Mais les personnes autour de moi adorent les enfants, aspirent à fonder une famille…tout le contraire de moi. Et ce sujet du sexe qui revient trop souvent dans les conversations…
Hervé

Personnellement, je n’en souffre pas pour l’instant mais il est clair que j’ai peur de vieillir seule. Cela me tracasse surtout quand je suis en mauvaise santé ou qu’il fait du temps tout pourri. Il est evident que mon asexualité m’empêche de vivre en couple. J’ai donné 20 ans de ma vie pour que mon couple fonctionne et cela a foiré. Quelque part, je suis amère. Pourquoi le sexe tient-il une telle place dans notre société ?
Quand un homme me sourit, j’ai envie de lui lancer à la tête “Te fatigue pas, je couche pas !”
Deux amies,un ami, ma soeur et mon ex-mari savent que je suis asexuelle. Parmi ces 5 personnes, 2 pensent que ce n’est pas possible, que je vais trouver quelqu’un qui va ma prouver le contraire. Heureusement, les 3 autres ont compris et ne me jugent pas.
Pepapig

Est-ce que tu as le sentiment de souffrir à cause de ton asexualité ?
Non
Penses-tu ou as-tu déjà pensé que tu avais un problème ?
Oui avant de connaitre l’existence de l’asexualité à cause de la société qui nous enseigne qu’il faut avoir des relations sexuelles.
As-tu souffert de cette situation ? Te sens-tu seul(e) ?
Non
As-tu le sentiment que ton asexualité t’empêche d’avoir les relations de couple, sentimentales que tu voudrais avoir ?
Non
As-tu le sentiment que tes proches ou la société en générale considère ton rapport comme anormal ?
Personne ne me considère anormal.
Parles-tu de ton asexualité ? Pourquoi ? Si oui, à qui ? Quelles ont été les réactions ?
J’en parle pas beaucoup autour de moi mais plutôt dans la presse ou la télévision pour que les gens découvre ce que c’est, que ce n’est pas anormal, et découvre peut être comme ce fut le cas pour moi qu’ils sont eux même asexuel et ne considère plus leur indifférence du sexe comme une maladie.
Julien

Personnellement j’en souffre chaque jour, j’ai peur d’être seule, de ne pas trouver mon âme soeur; or je souhaite un jour vivre paisiblement avec un homme et fonder une famille. Depuis que j’ai découvert mon asexualité, je me sens un peu seule, malgré que j’ai pu discuter avec d’autres asexuels, mais depuis quelques jours seulement je discute avec un asexuel qui semble me correspondre et cela me réconforte. J’ai beau expliquer mon cas, mes ressentis et le fait que je ne suis pas seule au monde à être comme ça, mes proches comme les personnes avec qui j’ai simplement discuté sur internet, semblent ne pas vouloir comprendre. J’en parle quand cela me parait nécessaire, c’est-à-dire à certains membres de ma famille, ainsi qu’à quelques rares hommes qui m’ont plu mais avec qui je ne suis pas restée. Les réactions sont malheureusement toujours les mêmes de la part de n’importe quels sexuels: soit je suis lesbienne, soit j’ai un problème psychologique, soit je ne suis pas tombée sur la bonne personne, soit j’interprète mal mes ressentis…
Laura

Personnelement je vis mon Asexualité très bien.
La première raison car ça me ferait réellement mal au coeur de me sentir « attiré » par le sexe, et ainsi perdre de mon temps libre pour une chose futile. La seconde car j’aime bien avoir cette angle de vue différent des autres. Je suis une personne qui parle peu, … ok trèèèèès peu ^^ et quand j’entends mes collègues parler, ça me fait penser que l’asexualité est une chance …
De plus ça ne me cause pas de souci de frustration ou de problème pour être en couple … car je suis très bien tout seul.
Point de vue communication, je ne parle que rarement de ça. J’en ai parlé à 2 personnes :
– ma mère, qui n’a pas compris et espère me voir marié avec 3 enfants et blablabla …
– Un collègue qui est aussi un très bon pote, qui a je pense compris.

Par contre je prends un plaisir fou à m’amuser avec les questions qui pourraient vexer, leur lancer des tacles. Du style :

– T’as pas de copine ?
– Non, pourquoi ?
– Bha … je sais pas à notre age on a tous une copine non ?
– Ou pas, au moins je suis libre de faire ce que je veux quand je veux.

Ou encore

– Et t’as jamais fait l’amour ?
– Ha, parce que ça se pratique l’amour ?
– Bha … oui,
– T’es au courant que se taper une fille et l’aimer ça peut ne pas etre lié ?
– Bheu … o_O
Isilua

Est-ce que tu as le sentiment de souffrir à cause de ton asexualité ? Pourquoi ? Penses-tu ou as-tu déjà pensé que tu avais un problème ?
Oui parce que ma famille proche ne reconnaît pas la chose. Comme si je m’inventais des films et éprouvais un plaisir à me poser en victime alors que je devrais chercher juste la solution au problème. Bref, ils n’entendent pas que ce n’est pas à mes yeux un problème.

As-tu souffert de cette situation ? Te sens-tu seul(e) ?
Seulement au sein de réunions de famille. Sinon, non, mes amis sont bien plus tolérants. Ils sont capables, eux, d’accepter ce qu’ils ne comprennent pas nécessairement.

As-tu le sentiment que ton asexualité t’empêche d’avoir les relations de couple, sentimentales que tu voudrais avoir ?
Alors pas du tout, je mène une vie rêvée à ce sujet. Que de longues relations de couple. Comme je refusais les amourettes, les trucs d’un soir à trophées adolescents, j’ai attendu les 16ans pour me remettre en couple après un essai d’enfance.

As-tu le sentiment que tes proches ou la société en générale considère ton rapport comme anormal ?
Ma mère oui. Elle part dans une théorie d’hormones perturbés par le traitement chimique de mon épilepsie ou une pseudo absence d’empathie qui sort d’on-ne-sait-où. Mes amis eux, n’ont pas besoin de comprendre quelque chose pour l‘accepter. Mais moi je n’ai rien à cacher et étant donné que cela influence fortement mes réactions, je préfère l’indiquer. Il n’est pas rare de voir débarquer le sujet des attirances et du sexe, autant mettre les choses au clair.
Oriane

J’ai longtemps souffert de l’asexualité, car je me sentais seule, je ne comprenais pas mon problème, et je pensais que jamais, je ne trouverai quelqu’un qui accepterait mon asexualité. Depuis que je me suis inscrite sur le forum AVEN, j’ai compris que je n’étais pas seule, et que je pourrais également vivre ma vie avec un autre asexuel. J’ai aussi compris les points positifs de l’asexualité. En revanche, cela n’enlève pas mon envie de résoudre ce que, personnellement je considère comme un handicap social : je ne veux pas choisir mon futur compagnon en fonction de son asexualité. Je veux choisir quelqu’un qui me plait pour ce qu’il est, et pouvoir avoir des relations sexuelles avec lui.
Quand mes amis me décrivent leur vie sexuelle et surtout, leur épanouissement sexuel : le fait de fusionner, de vouloir vivre un moment intense à deux, …je rêve de pouvoir également vivre ça.
Je pense qu’il ne faut pas diaboliser le sexe lorsqu’on est asexuel. Moi, je souhaite prétendre au plaisir sexuel (car dans mon cas, pas de désir, va de paire avec pas de plaisir) et même si je dois y passer ma vie pour y accéder, je mènerai ce combat !
Mes amis les plus proches sont au courant de mon asexualité, et cela ne les gêne pas. En revanche pour moi c’est un réel problème car je ne suis pas à l’écoute de mes sens. J’aimerai que mon corps m’avertisse et m’envoie des signaux quand quelqu’un me plait. Je souhaite le voir réagir. J’ai eu énormément de relations amoureuses qui se sont toutes achever car je préférai y mettre un terme plutôt que de devoir « simuler ». Parallèlement je n’avais jamais de sentiments pour la personne, ce qui brouillait toujours la recherche de la piste idéale !

En ce qui concerne la société, je pense que la société considère l’asexualité comme anormale. Je pense même que beaucoup de personne ne savent pas que ça existe. Beaucoup pense que c’est un problème uniquement féminin, et que c’est la frigidité, non l’asexualité. L’asexualité peut aussi apparaître pendant la vie de couple, et beaucoup peuvent se dire que cette perte de plaisir est la fin du couple. Quoi qu’il en soit, j’estime que cette surmédiatisation du sexe passe surtout par le fait de « bruler » les étapes. Dès qu’il y a un début de relation amoureuse, on passe tout de suite à l’étape sexuelle, et non à l’étape « d’amour ». Je trouve cela dommage de se dire « si ça ne fonctionne pas au lit ça ne fonctionnera pas ailleurs ».
Sophie

Si vous aussi avez envie de donner votre perspective sur l’asexualité, de raconter votre propre histoire avec vos propres mots, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse: paroles.asexualite[at]gmail.com

La découverte de l’asexualité en poème

Bonjour amis asexuels, sexuels ou autres!

En attendant les témoignages du mois de février qui arrivent bientôt, voici un poème de Isilua traitant du thème abordé en décembre: la découverte de l’asexualité.
Eh oui il y a bien des façons de raconter son histoire!

C’était en octobre, tout a commencé
D’un grand amour, un nouvel être est né
Petit, bien chéri, rien à signaler
A cet âge, personne n’aurait remarqué

Vient l’âge des flirts de jeunesse
Les amours viennent et disparaissent
Pas d’accroche, juste des ressemblances
On est heureux, le reste on s’en balance

Les années passent et se ressemblent
Les autres sortent déjà ensemble
Toi tu regardes, écoutes et réfléchis
Au fond, ça ne te donne pas envie

Alors vient le temps du lycée
Déjà 16 années se sont écoulées
Tu te retournes, t’as rien vu venir
Les relations commencent à fleurir

Pour toi rien n’a changé
Solitaire, tu te sens isolé
Face aux remarques de tes amis
Tu te tais, tu regardes et réfléchis

Les paroles ne te laissent pas indifférent
Tu dis rien, mais tu ressens …
Un creux, un grand vide
Un truc qui te sert le bide

Tu cherches des réponses,
Tu trouves rien, alors tu renonces
Certains passent à l’action
Toi tu te sens comme un pion

Une vie solitaire, ça y est t’as pris le bus
Le problème, c’est qu’il y a pas de terminus
Tu te sens mal, mais ça y est c’est fait
L’avantage ? Une vie pleine de liberté

Des hauts, des bas, et enfin ça y est.
Une sorte de mal-être refoulé,
Qui lentement monte à la surface
A l’angle du mur tu la prends en pleine face

A la fac, ça court ça drague
Toi tu prends ça comme une blague
Quand on te pose une question,
Tu réponds qu’il y a d’autres options

Alors à la télé tu vois un reportage
Des gens que l’on prend pour des barges
Pas de sexe, un amour platonique
Pour toi, c’est le grand déclic

Asexualité, simple mot du dictionnaire
Mais pour toi, c’est comme un frère
Tu cherches, tu tombes sur un forum
Et la, tu rencontres la communauté aven

Tu lis, et enfin tu comprends
T’es pas bizarre, juste différent
Soudain, dans ta vie, un voile se lève
Ce mal-être n’est plus qu’un mauvais rêve

Pour les autres, la vie continue
Pleine de tromperie, d’infidélité et de plans cul
Mais pour toi, cette date est sacrée
C’est le jour où tout a changé

Isilua (21 ans)