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Mai 2013: Focus sur les relations de couple des asexuel.les

AVA s’intéresse à la diversité des points de vue et des expériences, à toutes les façons de vivre l’asexualité. Pour donner de la visibilité à cette diversité, nous publions régulièrement des témoignages de personnes qui nous parlent de leur asexualité avec leurs propres mots.
Ce mois-ci Louison, Sophie, Oriane, Pepapig et Julien nous parlent d’un sujet qui peut sembler délicat à première vue dans notre société quand on n’a pas de désir sexuel pour autrui, et qui préoccupe bon nombre d’asexuel.les : les relations de couple.

Si tu as/ as eu des expériences de vie de couple, raconte-moi comment tu abordes/abordais la question du sexe ?

Ton/ta partenaire est/était-il/elle asexuel(le) ou sexuel(le) ?

« Sexuel

Ton/ta partenaire est/était-il/elle au courant de ton asexualité ?

Oui, dès le départ

Le sexe est-il/était-il clairement un problème dans votre relation de couple ?

Au début oui. Parce que tout simplement, je refusais de coucher avec lui si je n’étais pas certaine de l’aimer et de vouloir faire ma vie avec lui

Quel compromis avez-vous/aviez-vous trouvé ?

A partir du moment où j’accepte de coucher avec lui, c’est que je l’aime. C’est une grande preuve d’amour puisque je fais une sorte de sacrifice pour son bonheur. Donc, même si j’aime pas l’acte et qu’il le déplore, je l’aime lui. Aussi, je me fiche de ce qu’il fait de son corps, qui lui appartient. Il peut coucher ailleurs, qu’importe. Je ne veux que son cœur en échange du mien. Ensemble depuis six ans, et depuis, deux beaux enfants.»

Oriane

Si tu as/ as eu des expériences de vie de couple, raconte-moi comment tu abordes/abordais la question du sexe ?
« La corvée conjugale… trembler avant de se mettre au lit, en espérant que l’autre s’endormira assez vite… Le bonheur maintenant que j’ai trouvé en mon mari une parfaite compréhension de ce que je suis, et un amour inconditionnel. »
Louison

« Je n’ai eu que des expériences avec des sexuels, et je ne leur ai jamais fait part de mn asexualité. Lors de ma plus longue relation, qui a durée 2 ans, j’ai fini par informer mon partenaire que je n’avais pas de plaisir avec lui. Je me souviens qu’il en a pleuré, car il pensait que c’était de sa faute. A l’époque, je ne savais donc pas que j’étais asexuelle, et je me disais aussi, que c’était probablement de sa faute. Nous avons continué à faire l’amour, mais, très peu de fois. Je faisais semblant d’avoir du plaisir pour l’encourager, mais ni lui, ni moi nous n’y croyions. Nous nous sommes séparés car officiellement nous n’étions plus dans la même ville et nous avions beaucoup moins de points communs. Après, je sais que le sexe comptait pour une énorme partie de cette rupture … Depuis j’ai rencontré beaucoup d’autres personnes, et j’ai fait l’amour de nombreuses fois. Mais comme à chaque fois, les relations n’ont jamais durées plus de 2/3 mois, et je pense que le sexe en a toujours été la rupture. »
Sophie

« Je souhaitais apporter mon témoignage car, pour beaucoup de personnes, l’asexualité est reliée au fait d’être vierge encore à un âge jugé tardif, et cela s’accompagne de l’idée qu’il s’agit d’un blocage, d’une peur du sexe et de son propre corps, ou de séquelles d’un évènement traumatisant au niveau psychologique. Ces personnes sont moquées, on les considère comme étant « coincées »
Mais mon histoire ne colle pas du tout à ces clichés, elle va à leur encontre. En m’inscrivant sur le forum d’AVEN, je me suis rendue compte au travers des divers témoignages, que certains ou certaines avaient été dans mon cas. Je trouve qu’il faut donc en témoigner ici, afin que l’on n’ait pas qu’un seul point de vue sur l’asexualité : celui (erroné) de personnes qui n’auraient pas encore découvert la sexualité.
Pour ma part, mon asexualité a été la cause de la rupture d’une relation de plusieurs années avec un homme sexuel. Les sentiments n’ont pour ainsi dire pas suffit à faire durer une relation où le sexe avait très vite disparu de mon initiative. Je ne connaissais alors pas l’asexualité, je savais juste une chose : malgré mes sentiments toujours présents et malgré une histoire amoureuse de plusieurs années, je n’avais aucune envie de sexe avec mon compagnon, et je ne pouvais même plus arriver à me forcer pour sauver mon couple.
À cette époque, j’ai envisagé toutes sortes de pistes, en partant de l’idée que j’avais un blocage temporaire. La pression de mon compagnon me faisait me sentir coupable. J’étais très peinée de voir qu’il doutait de plus en plus lorsque je lui affirmais que je l’aimais toujours. Je voyais qu’il en souffrait. Mais j’étais impuissante. Chacune des pistes s’est avérée être une impasse, et plus je cherchais, plus le couple se délitait, plus je me sentais coupable et mal dans ma peau d’être la cause de tout ça.
Mais en même temps, je me rendais bien compte que je ne ressentais personnellement aucun manque de cette absence de sexe mais plus une sorte de soulagement à me sentir « laissée tranquille ». Au début cela se comptait en mois, puis quand plus d’une année s’est écoulée, j’ai commencé à me demander sérieusement si j’étais anormale. Je n’ai cependant jamais fait la démarche d’aller consulter un psy, considérant au plus profond de moi-même que ce serait une perte de temps, cause de souffrance et non de mieux être.
Parallèlement à ça, je souffrais d’un autre manque : celui de l’affection, de la tendresse, et des contacts physiques que tout couple a mais qui ne sont forcément pas d’ordre sexuel. Mon compagnon ne pouvait plus m’approcher sans qu’il ressente toute l’étendue de sa frustration sexuelle. Alors soit il évitait de plus en plus tout contact, soit cela devenait très directement sexuel, presque agressif, et je fuyais très vite.
Plusieurs mois après la rupture, je continuais de m’interroger sur moi-même, et à chaque fois que je cherchais des articles en rapport avec le terme qui me semblait le plus approprié pour me définir, « absence de libido », je tombais sur des références à un trouble psychologique ou sur des articles qui incitaient à découvrir son corps par soi-même, notamment au travers de la masturbation.
Tout cela ne me parlait pas du tout, moi qui connaissais l’orgasme depuis le début de l’adolescence, ainsi que la masturbation. Et puis, j’ai un jour changé les termes de ma recherche pour « absence de sexualité », ce qui m’a redirigé vers le terme « asexualité ». »
Anonyme

« Je pense avoir fait le tour de la question. Mon mari était un S* très demandeur et moi une A* donc si notre couple a duré 20 ans, cela tient du miracle et s’il a fini par rendre l’âme, c’est clairement pour des problèmes lié au sexe. »
Pepapig

Si tu as/ as eu des expériences de vie de couple, raconte-moi comment tu abordes/abordais la question du sexe ?

Ton/ta partenaire est/était-il/elle asexuel(le) ou sexuel(le) ?
« Mon ex-copine était sexuelle, nous n’abordions pas ce sujet et tout se passais bien entre nous, sauf lorsqu’elle constatait que je n’allais jamais vers elle pour avoir des rapports. Mais elle s’en est rarement rendu compte, je ne lui ai jamais refusé de relation sexuelle malgré que ces rapports étaient journaliers. Ma compagne actuelle est une asexuelle. Nous avons aucun rapport sexuel, seulement des caresses et calins, nous nous donnons parfois du plaisir mais jamais dans le but d’assouvir un besoin ou de répondre à une attirance sexuelle

Ton/ta partenaire est/était-il/elle au courant de ton asexualité ?

Mon premier amour, non. Mais je ne le savais pas non plus. Ma compagne d’aujourd’hui, oui.

Le sexe est-il/était-il clairement un problème dans votre relation de couple ?

Cela n’a jamais été un vrai problème, pas plus que dans n’importe quel couple je pense

Quel compromis avez-vous/aviez-vous trouvé ?

Aucun besoin de compromis, mais si j’avais à en faire aujourd’hui, je demanderais un effort partagé, que j’assouvisse ses besoins quand elle le souhaite mais aussi qu’elle respecte mon absence d’envie de la satisfaire si cela arrive

Si vous êtes séparés, était-ce lié à ton asexualité ?

Non. »

Julien

*
A = personne asexuelle
S = personne sexuelle
Termes très souvent utilisés par les personnes asexuelles pour faciliter le langage

Si vous aussi avez envie de donner votre perspective sur l’asexualité, de raconter votre propre histoire avec vos propres mots, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse : paroles.asexualite[at]gmail.com

Avril 2013 : Focus sur les orientations sexuelles et sentimentales

AVA s’intéresse à la diversité des points de vue et des expériences, à toutes les façons de vivre l’asexualité. Pour donner de la visibilité à cette diversité, nous publions régulièrement des témoignages de personnes qui nous parlent de leur asexualité avec leurs propres mots.
Aujourd’hui Olivier, Isilua, Laura, Hervé, Louison, Oriane, Pepapig et Tyane nous disent ce qu’ils pensent de leurs orientations sexuelles et sentimentales.

Penses-tu que l’asexualité puisse être définie comme la quatrième orientation sexuelle au même titre que l’hétérosexualité, l’homosexualité et la bisexualité ? Pourquoi ?
Penses-tu avoir toujours été asexuel(le) ? Penses-tu l’être pour toujours ? Penses-tu que l’orientation sexuelle peut changer au cours de la vie ? Si oui, penses-tu qu’il y ait des raisons à ces changements ?
Quelle est ton orientation sentimentale ? Penses-tu qu’il y ait un lien entre ton orientation sentimentale et ton asexualité ?

Pour moi l’asexualité est une orientation sexuelle comme les autres, même s’il est parfois nécessaire de préciser une orientation sentimentale (homo, hétéro ou bi). Je pense que j’ai toujours été comme ça et je ne vois pas de raisons pour que cela change, même si je ne pense pas que cela soit impossible. En fait je ne crois pas que les attirances et les orientations soient aussi clairement définies qu’on le pense dans notre société. Pour moi il y a une certaine pression plus ou moins consciente de la part de la société qui nous pousse à nous ranger dans une case, dans un modèle, car ça facilite les relations humaines au quotidien. Je ne dirais pas que l’on change d’orientation sexuelle, mais plutôt que l’on se range dans une nouvelle case pour explorer d’autres possibilités.
Olivier

Pour moi l’orientation asexuelle est un paradoxe. Comment peut-on qualifier la non appartenance à une orientation sexuelle comme une orientation sexuelle ? o__O
A mon sens l’asexualité, la vraie, est innée et ne changera pas. De même qu’un hétéro ne deviendra pas homo par magie, ou alors c’est qu’au fond de lui subsistait une part d’homosexualité. C’est dur à expliquer. Je pourrais également être défini comme Aromantique, malheureusement aucune définition exacte n’a été fixée, c’est donc souvent un terme dans lequel on englobe beaucoup de monde par défaut.
Non seulement le sexe ne m’attire pas, mais aussi la relation en elle même. Je ne ressens aucun besoin de trouver une conjointe, je trouve ça tellement … bête ? A quoi bon vivre avec une personne si cela peut empieter sur la seule chose qui nous reste en ce monde : la liberté ? J’ai beau croiser des personne avec qui je m’entends très bien (à titre d’exemple ma cousine, qui est ma copie conforme féminine, mêmes idéaux/pensées/charactère/… ) cela ne m’attire absolument pas. Je préfère avoir une bonne amitié qu’une vie à deux.
Isilua

J’ai toujours été asexuelle et je n’ai jamais pris de plaisir lors des rapports, je dirais même que concernant les derniers j’éprouvais du dégoût, c’était désagréable. Je pense que quand on est asexuel on l’est pour toujours, même si on est en couple avec un sexuel et qu’on a des rapports, si on ne ressent pas de plaisir cela ne changera pas. Je me définis comme hétéro asexuelle car je n’ai jamais eu d’attirance pour une femme, je ne conçois pas un jour être avec une femme ; et je ne pense pas qu’il y ait un lien entre l’orientation sexuelle et l’orientation sentimentale car on peut être, tout comme les sexuels, attirés par le sexe opposé ou le même sexe.
Laura

Je pense que l’on peut parler d’asexualité comme une quatrième orientation sexuelle, car on peut en parler en tant que tel. Mais cela n’en reste pas moins l’absence d’orientation sexuelle, du moins pour ceux qui ne sont pas dans la zone grise. C’est pour cela que je pense qu’il serait important de mettre l’accent sur les attirances sentimentales, qui nous définissent plus que nos attirances sexuelles, dans le sens où chez les sexuels aussi, elles peuvent ne pas se confondre (certains sont homosexuel et hétéromantiques par exemple).
À en croire les différents témoignages que l’on m’a rapporté, il est possible de changer d’orientation sexuelle au cours de sa vie. Toutefois, cela reste très rare et surtout cela ne se décide pas. Faire le pari d’un changement d’orientation sexuelle me parait pour cela aberrant.
Hervé

Je suis une femme, et j’ai souvent été attirée par des femmes, c’est pourquoi, avant de savoir que j’étais asexuelle, je me suis souvent pensée homosexuelle, sans pour autant éprouver le moindre désir physique. Je ne comprenais donc pas, me sentais égarée. Pourtant, je n’ai eu de relations sexuelles qu’avec des hommes. Maintenant, je comprends mieux : je peux être attirée esthétiquement ou sentimentalement par des femmes ou des hommes, indifféremment, mais je n’éprouve pas plus de désir pour les un(e)s que pour les autres. Je pense en effet que l’asexualité peut être définie comme la quatrième orientation sexuelle.
Louison

Penses-tu que l’asexualité puisse être définie comme la quatrième orientation sexuelle au même titre que l’hétérosexualité, l’homosexualité et la bisexualité ? Pourquoi ?
Non. Qu’elle devrait être intégrée dans le mouvement LGBT, oui. Après tout, être transsexuel ce n’est pas non plus une orientation en soi, c’est aussi une manière de vivre son rapport à notre sexe. Le souci, c’est qu’un A dans une Gay Pride, c’est un peu comme une grenouille à une convention de félins. Je pense qu’on est homo-A, hétéro-A, bi-A. Pas « A » tout court. C’est bien en cela que nous prouvons aux scientifiques obtus que la pulsion amoureuse, et la pulsion sexuelle, sont distinctes.
Penses-tu avoir toujours été asexuel(le) ? Penses-tu l’être pour toujours ? Penses-tu que l’orientation sexuelle peut changer au cours de la vie? Si oui, penses-tu qu’il y ait des raisons à ces changements?
Je pense l’avoir toujours été, mais je trouve hasardeux de dire que je le resterai. Je ne connais pas ma vie. Certains hétéros se sont découverts homos plus tard, pourtant ils aimaient réellement leur conjoint de sexe opposé, bref, les trucs psychiques nous dépassent encore trop pour répondre fermement à cela.
Quelle est ton orientation sentimentale? Penses-tu qu’il y ait un lien entre ton orientation sentimentale et ton asexualité?
Je suis hétéro, c’est clair. Je n’ai jamais aimé beaucoup la compagnie des filles, sans pour autant avoir de l’animosité quelconque avec elles, mais c’est un fait, j’ai plein d‘amis, peu d’amies. Quand on sait qu’amitié et amour trouvent des sources communes, et que mon ex comme mon compagnon actuel furent des amis avant des amants, je n’ai aucun doute sur mon orientation. Mais comme vous l’avez lu, je ne défends pas que l’asexualité soit une orientation en soi, juste une façon de vivre avec son sexe.
Oriane

Je pense que l’asexualité pourrait être une orientation sexuelle à part entière car je suis convaincue que je suis asexuelle depuis toujours et que je resterai comme ça. C’est ancré en moi, cela fait partie de moi. Je suis hétéro asexuelle. J’aime les hommes, j’aimes qu’ils me regardent et me trouvent belle. J’aime plaire. Mais je sais que je suis incapable de leur donner ce qu’ils attendent d’une femme « normale » et donc, je m’abstiens désormais de toute relation….
Pepapig

J’ai une conception dynamique de l’orientation sexuelle, ou disons de la vie sexuelle, puisque l’écart entre notre être profond et ce que l’on croit devoir sentir nous conduit souvent à nous mettre à la place de ce que nous ne sommes pas, comme des homosexuels connaissent parfois une première expérience hétéro avant de se découvrir. Non pas que l’on puisse choisir d’être asexuel ou non, mais le temps que nous mettons à nous comprendre et à nous assumer modifie nos rapports avec les autres, en plus notre propre ressenti. Il me semble que de nombreuses personnes ont eu une expérience sexuelle plus complexe que ne le laisse croire un simple mot : un hétéro ayant eu des gestes de tendresses prononcées pour un ami du même sexe, une personne ayant une activité sexuelle régulière étant capable de s’interrompre plusieurs mois sans difficulté, une aromantique ayant connu un unique et véritable amour… certes, je m’avance, et cette indétermination ne s’applique pas à tous, loin de là.
Tyane

Si vous aussi avez envie de donner votre perspective sur l’asexualité, de raconter votre propre histoire avec vos propres mots, n’hésitez pas à nous contacter à l’adresse : paroles.asexualite[at]gmail.com